Records : la résonance des corps et des esprits au théâtre de la cité

@marc-coudrais

    Records est une chorégraphie qui fabrique de l’espace où face au vide de l’espace qui s’impose, il s’agit de faire espace. La sensation de vide nous envahit dès le début de la représentation : la scène est blanche, délimitée par un pan de mur surplombé par la projection d’images célestes. Cette atmosphère paraît froide et les corps des danseurs ne semblent pas savoir comment se positionner face à ce qui s’apparente à l’angoisse de la page blanche. Les lieux doivent certainement pouvoir être apprivoisés…

    Faire espace et prendre vie avec le peu qui nous est donné, tel est peut-être le message que souhaite faire passer Mathilde Monnier, la chorégraphe de ce spectacle. En effet, Records, a été créé pendant le confinement et le début de sa pièce y fait largement écho : l’attente, l’incertitude, le vide, l’espérance d’un renouveau nécessaire des liens humains. Records est une création collective, fruit d’une collaboration entre la chorégraphe et les danseuses et vient ainsi démontrer que l’assemblage d’individualités bien distinctes peut former un tout. Les corps s’observent, s’apprivoisent avant de faire un seul et même corps puis de se séparer à nouveau pour laisser place à leur propre expression débridée. 

    En effet, les corps s’approprient très vite l’espace et font connaissance. La boîte dans laquelle les danseuses semblaient enfermées est envisagée sous une nouvelle perspective. En utilisant le pan de mur qui les coupe de l’extérieur comme une percussion, les danseuses transforment la boîte en caisse de résonance. Ce qui était un lien devient corde d’instrument qui résonne de plus en plus comme pour dépasser l’enfermement et ainsi combler le vide. C’est aussi le début d’une tentative d’expression qui évoluera tout au long de la représentation. 

    Le mouvement des corps est accompagné par la musique : depuis la voix de la soprano Barbara Hannigan, en passant par les coups portés sur le mur comme sur un tambour, avant de parvenir à une fusion entre son et corps. Comme dépassés par le langage, les corps deviennent onomatopées accompagnées par des bruitages artificiels qui les mettent en mouvement. L’espace est ensuite investi par une joyeuse cacophonie entre les corps et les sons qu’ils émettent. Le mouvement et les sons qu’il provoque se répètent comme un disque rayé ou qui passe en boucle mais la troupe finit par faire corps dans une chaleur retrouvée après ce qui était un vide sidéral.

    Mathilde Monnier propose un travail sur l’abstraction imposée par l’enfermement et la concrétise par le corps et ses mouvements. Le décor est ainsi repoussé, les limites extérieures sont effacées par ce qui nous anime au plus profond de notre être. Grâce au jeu du décor, de la musique et de la scène, l’espace se transforme et se réinvente pour dépasser les discours et les horizons préétablis.

Records est programmé deux fois, le 14 et le 15 octobre.

Programme du théatre : https://www.theatredelacite.com/programme.

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