« Saisir le silence » de Hans Op de Beeck : compte-rendu d’exposition

L’artiste visuel contemporain Hans Op de Beeck présente jusqu’au 31 décembre son travail récent au centre culturel Le Centquatre dans le 19e arrondissement de Paris. Le plasticien flamand, connu pour ses mises en scène de mondes parallèles, y expose des projets jamais présentés à Paris.

Le parcours débute par l’installation The Settlement (2013), une œuvre formée de maisons miniatures de bois mort montées sur pilotis dans une mare d’eau. Le faible éclairage provenant des maisons, l’odeur de bois, le silence, mais surtout l’étonnante scène montée comme un décor d’une fiction sans personnage arrivent d’emblée à imposer une ambiance énigmatique allant de la sérénité à l’angoisse.

L’œuvre vidéo en noir et blanc Staging Silence (2013) poursuit manifestement l’énigme. Sur une surface de travail, des mains travaillent à composer des paysages notamment à partir d’aliments comme le sucre ou la pomme de terre. À mesure que des tableaux se forment, l’effet de réalisme est de plus en plus convaincant, et ce jusqu’à ce que la composition soit démontée pour laisser place à une autre. Ici, l’artiste utilise savamment le dispositif expographique traditionnel de la vidéo d’art — on la regarde rarement à partir du début — pour que le regardant ne comprenne que progressivement l’espace représenté, peu à peu réordonnant les échelles devant lui : la petite dimension des matériaux filmés, les mains qui les manipulent à échelle humaine, l’immensité des paysages évoqués. 

L’installation The Lounge (2014) présente une sorte de nature morte composée d’un canapé Chesterfield et d’objets du quotidien déposés çà et là, comme s’il s’agissait de l’exacte reproduction cependant mise en scène d’un salon d’une personne célèbre dans sa maison transformée en musée. Tous les objets composant la scène, sculptés en bois, en plâtre ou en époxy, dans une même teinte de gris cendré, sont éclairés par une unique source de lumière placée derrière la scène. Cette œuvre arrive également à imposer une ambiance indéterminée, une sorte de silence ambigu peut-être marqué par la morosité et la désuétude, mais le fait de manière plus distante que les autres pièces et, de ce fait, paraît moins en phase avec le reste du travail de l’artiste.

Le film d’animation Night Time (extended) (2015) montre une sorte de collage où différentes aquarelles réalisées par l’artiste depuis 2010 se juxtaposent et se succèdent sur une musique de Tom Pintens sans proposer un récit permettant de les démystifier. Ces formes créent un environnement fictionnel qui déclenche, dans la lenteur et la complexité de leur formation, une posture de recherche non pas orientée vers un sens allégorique mais vers une disposition sensible propre à la contemplation formelle. Certaines de ces aquarelles s’animent, rappelant ici que cette contemplation ne se met en place que dans le cadre d’une durée déterminée. 

La dernière pièce, Caravan (2016), est une création exclusive pour le Centquatre qui paraît plus figée encore : une roulotte de camping et un carrousel condamné sont rassemblés dans un espace qui s’apparente à une friche urbaine enneigée. De nouveau, le travail sur la lumière est impressionnant et participe au mouvement d’introspection ; ce lampadaire et ce feu, du type de ceux que l’on retrouve dans les faux foyers électriques, assurent l’éclairage principal de la salle autrement noire.  

Les paysages naturels faits d’arbres et d’eau ou ceux, urbains, dominés par différentes formes d’habitation sont des figures récurrentes de son travail. Mais c’est cette invitation à une attention augmentée des matériaux, des formes et des gestes dans un rapport à l’espace forcément engagé qui constitue véritablement l’intérêt de Hans Op de Beeck. En plus du travail sur la lumière, la très grande place accordée à la musique, toujours pertinente par le rythme lent qu’elle impose, ou au contraire le rôle du silence, tout aussi à point, participent par ailleurs grandement à produire cet environnement perceptible dans lequel tout semble digne d’intérêt.

Son travail sur l’attention est d’autant plus remarquable que sa mise en exposition offre un contraste intéressant. Les œuvres, toutes présentées individuellement dans des salles latérales de la cour intérieure du Centquatre qu’il faut emprunter pour passer d’un projet à l’autre, s’alternent donc avec l’ambiance festive des danseurs de tout acabit venus pratiquer des formes de danse des plus variées, dans un mélange éclectique et cacophonique de musiques et d’attitudes. Le spectateur oscille entre une attention posée, parfois proche de la méditation, marquée par une certaine harmonie des formes, et les mouvements et rythmes hétéroclites des danseurs s’appropriant le lieu. En dernière instance, c’est ce lieu qui, en situant le travail de Hans Op de Beeck très justement parmi d’autres régimes d’attention, en dégage toute la profondeur.

Par Benoit Jodoin

Saisir le silence

Hans Op de Beeck

Jusqu’au 31 décembre 2016

Le Centquatre (5 rue Curial – 75019 Paris)

RER B + 15 minutes de marche depuis la Cité-U

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