Franc CFA : outil de servitude ou gage de stabilité économique ?

Le franc CFA (FCFA) est la dénomination de la monnaie commune des 14 pays africains qui sont membres de la zone franc. Créé en décembre 1945, il signifiait autrefois franc des Colonies françaises d’Afrique. Il prendra par la suite la dénomination de franc de la Communauté financière africaine pour les États membres de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), et franc de la Coopération financière en Afrique centrale pour les pays membres de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC). Si, à sa création, le franc CFA valait 1,70 franc français, depuis le 1er janvier 1999, l’euro vaut 657,89 FCFA.

Cette monnaie fait l’objet de critiques depuis sa création. Il y a certes une partie de la classe politique qui est en faveur de son maintien mais il existe certains détracteurs qui rêvent de voir un jour une remise en cause profonde de cette monnaie, la qualifiant d’outil de servitude économique. Ces derniers sont de plus en plus virulents et ont réussi à rallier certains chefs d’États de la zone CFA. Le président du Tchad, Idriss Déby Itno, à l’occasion de la célébration des 55 ans de l’indépendance du Tchad en août 2015, disait : « Il y a aujourd’hui le franc CFA, qui est garanti par le Trésor français. Mais cette monnaie, elle est africaine… Il faut maintenant que réellement, dans les faits, cette monnaie soit la nôtre… Une monnaie qui permette à tous ces pays qui utilisent encore le franc CFA de se développer ».

Tous sont unanimes sur l’importance de la politique monétaire dans l’exercice effectif de la souveraineté nationale. Cependant, le franc CFA est toujours physiquement imprimé en France et les réserves de change de ces pays sont déposées auprès du Trésor public français. Cette situation crée un sentiment de servitude pour ces pays qui ont tous dit oui à leur indépendance il y a plus de 50 ans.

Parmi ses détracteurs, on peut citer Kako Nubukpo, coauteur de Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. À qui profite le franc CFA ? Pour cet économiste et ancien ministre togolais, il est urgent de revoir la parité fixe entre le franc CFA et l’euro. Parmi ses arguments, on retient deux faits importants. Premièrement, « le franc CFA via son rattachement à l’euro est beaucoup plus déterminé par les événements au sein de la zone euro que par la conjoncture au sein de la zone franc. » Le deuxième élément important est le fait que ces pays ne l’utilisent pas pour financer leur développement : 50 % de leurs réserves de change, soit 3 600 milliards francs CFA en 2005, sont déposées auprès du Trésor public à Paris. Pour lui, les États de la zone du franc CFA devraient pouvoir bénéficier de cette économie pour financer leur émergence au lieu d’envoyer ces économies sur les marchés financiers où elles empruntent à des taux plus élevés (6,5 % en moyenne) que les taux directeurs des banques centrales (environ 2,5 %). Cependant, il reconnaît que tout n’est pas mauvais dans la situation actuelle et, au cas où une monnaie propre à ces États devrait voir le jour, il juge important de préserver la centralisation des réserves de change.

Une question qu’il faut se poser consiste à déterminer à qui profite cet accord avec la France dans les pays africains. Pour Bruno Tinel, maître de conférences à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et auteur de Dette publique, sortir du catastrophisme, le franc CFA est un outil de mise en place de régimes à la solde de l’ancienne puissance coloniale car il permet notamment aux élites de ces pays de valoriser leur fortune en euros très facilement et sans risque de change.

Pour Martial Ze Belinga, économiste et sociologue camerounais, la France ne pourra pas maintenir indéfiniment cette parité fixe à l’euro. Selon lui, « la France se trouve en mesure d’assumer cette mission précisément parce que les économies des zones CFA sont très petites au regard de sa propre économie ; les PIB des zones UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) et CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) représentent en effet 7 % du PIB de la France en 2014, pour une population deux fois et demi plus importante ». Si les économies des deux sous-régions CFA venaient à se développer et à grossir trop vite, la France serait moins en mesure d’assumer ce paternalisme monétaire à leur égard.

Parmi les défenseurs du FCFA, Tiémoko Meyliet Koné, gouverneur de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui, en réponse aux critiques, a exprimé dans les pages de Jeune Afrique du 15 novembre dernier que « le franc CFA est géré par les Africains », compte tenu du fait que l’accord qui lie la France à la zone franc n’exclut pas des réaménagements. Cette affirmation est corrélée par le fait que François Hollande, lors d’un déplacement à Dakar, a appelé les États africains à utiliser leurs réserves de change déposées auprès du Trésor de France pour financer leur développement. Tiémoko Meyliet Koné souligne que cet accord a déjà évolué et qu’il pourrait bien entendu évoluer en fonction de la vie économique de la zone. Comme tous les défenseurs de cette monnaie, il loue son « extraordinaire stabilité macroéconomique ».  Il souligne d’autant plus que le PIB de cette zone a augmenté de 7 % en 2016 et représente la plus forte progression de toute l’Afrique.

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