Recto : un électeur italien du « oui » explique sa vision

Cette semaine, le « non » l’a emporté au référendum sur la réforme constitutionnelle en Italie, victoire suivie par la démission du Premier ministre Matteo Renzi et de son gouvernement. Pour celles et ceux qui ne seraient pas au courant, les Italiens ont voté contre une modification drastique de la loi constitutionnelle qui prévoyait, entre autres choses, l‘abolition du bicamérisme égalitaire, la réduction substantielle du nombre de sénateurs et la modification des relations institutionnelles entre l’État, les provinces et les régions.

Le « non » a gagné à la suite de la campagne électorale massive du gouvernement pour le « oui », la réforme ayant été annoncée comme un moyen de renflouer les caisses de l’État, et une personnification du référendum dont l’enjeu a été transformé par le Premier ministre en un jugement sur sa propre personne et sur le travail de son équipe, au-delà du contenu même de la réforme. Une énorme erreur politique, comme l’a admis le Premier ministre lui-même quelques semaines avant l’élection.

Il serait naïf d’ignorer les similitudes importantes existant entre le référendum italien et celui sur le Brexit au Royaume-Uni : les deux ont traité de questions très techniques, éloignées des intérêts concrets des citoyens. À chaque fois, la campagne électorale a fait du Premier ministre l’objectif principal du vote ; et, dans les deux cas, les partis populistes ont triomphé sur la vague antipolitique alimentée par des conditions de crises économique et sociale. Enfin, dans les deux cas, le Premier ministre a démissionné à l’annonce des résultats sans attendre la fin de son mandat. Il importe peu, après toutes ces considérations, que l’objet du référendum était différent. Les gagnants représentent les mêmes partis et les mêmes personnes. De plus, la victoire en Italie n’est pas attribuable aux éléments conservateurs, même s’ils existent, pour la simple raison que ces forces, historiquement, ne comptent pas : la constitution a été modifiée 40 fois depuis son adoption il y a 70 ans, soit une moyenne de 1 amendement tous les 3 ans avant la réunification de l’Allemagne et de 4 amendements tous les 5 ans depuis.

La situation en Italie est encore plus extrême si l’on considère que le gouvernement démissionnaire a approuvé en juin dernier une nouvelle loi électorale appelée « Italicum » qui permet au parti minoritaire avec le plus grand nombre de voix d’obtenir 70 % des sièges au Parlement et de remporter l’élection dès le premier tour. Pour cette raison, la démission du gouvernement donne virtuellement le pouvoir au Movimento 5 stelle (NdT : Mouvement 5 étoiles), aujourd’hui premier parti politique en Italie selon les sondages. On peut le définir comme une plate-forme guidée par le comédien Beppe Grillo et par le fils de Gianroberto Casaleggio, un gourou du marketing, dotée d’une base électorale fortement populiste et eurosceptique.

J’ai voté « oui » pour soutenir le gouvernement et empêcher la prise du pouvoir par Grillo et Casaleggio. Devant l’échec subi par mon parti, j’ai compris que, de plus en plus, de grandes tranches de la société sont marginalisées et éprouvent du ressentiment envers la classe politique actuelle, cherchant refuge dans les partis les plus séduisants en opposition à l’establishment. L’Europe est de plus en plus perçue comme une institution politique élitiste encourageant l’’assistanat et opposée aux peuples et aux travailleurs ; elle doit plutôt répondre aux citoyens en offrant des investissements dans les secteurs productifs de la société et dans la recherche scientifique fondamentale. Elle ne doit pas viser à créer des œuvres matérielles, culturelles et intellectuelles inabouties à la fin de leur financement, mais plutôt des œuvres pérennes. Dans le même temps, il faut imposer des règles strictes interdisant l’exploitation du travail des autres afin de bâtir la confiance en l’avenir de tous les citoyens. De mon point de vue, l’Europe a jusqu’à présent fait le contraire. Il est impératif que nous, jeunes Européens, réagissions afin de ne pas vivre comme des esclaves à l’avenir.

Par Vittore Scolari, résident au CFB et membre du Club des chercheurs de la CIUP

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