COVID-19 au Brésil : D’autres étés à venir

Lors d’une manifestation à Salvador contre le président brésilien Jair Bolsonaro, des tombes ont été plantées symbolisant les victimes du Covid-19 ©Shutterstock, Joa Souza

L’été brésilien : le soleil se reflète sur la mer, la température atteint 30 degrés, la plage apparaît comme le lieu idéal pour se détendre. C’est ainsi que le président du Brésil, Jair Messias Bolsonaro, a célébré l’arrivée de 2021. Dans l’agenda présidentiel, les bains de foule sont nombreux. Alors que la situation est grave (mi-avril 2021, le nombre de décès liés au Covid dépasse les 375 000, actuellement plus de 2 000 morts par jour), le discours du président est négationniste :

« Il ne sert à rien de fuir cette situation, de fuir la réalité. Nous devons cesser d’être un pays de poules mouillées » ; « Et alors ? Je suis désolé. Que veuxtu que je fasse ? Je suis le Messie, mais je ne peux pas faire de miracles » ; « C’est une réalité, le virus est là. Nous allons devoir l’affronter, mais l’affronter comme un homme, putain. Pas comme un enfant. Affrontons le virus avec la réalité. C’est la vie. Nous mourrons tous un jour » ; « Compte tenu de mon passé de sportif, si j’étais infecté par le virus, je ne devrais pas m’inquiéter, je ne ressentirais rien ou je serais affecté, tout au plus, par un petit rhume ou une petite grippe ».

De plus, le président ne suit pas les conseils scientifiques et a défendu à plusieurs reprises des médicaments tels que les antipaludéens, l’ivermectine, le nitazoxanide et la chloroquine, tous déconseillés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Dans ce scénario désolant, les lits des unités de soins intensifs sont presque tous occupés au maximum et il y a un manque de médicaments pour l’intubation.

Face à cette situation politique perturbée, les inégalités sociales s’accentuent sur l’ensemble du territoire national. Avec l’inflation, le pouvoir d’achat baisse rapidement et même manger devient difficile. Actuellement, environ 45 millions de familles bénéficient de l’aide dite “d’urgence” par le gouvernement fédéral. L’aide du gouvernement reste trop faible pour lutter contre la hausse des prix. Parmi les familles aidées financièrement, environ 20 millions reçoivent 150 réals brésiliens par mois (l’équivalent de sept Big Macs). Cette comparaison effectuée par le magazine The Economist nous donne une idée de l’impact de cette mesure gouvernementale sur ses citoyens.

En plus d’une disparité sociale qui s’accentue, les régions avec un faible revenu par habitant sont davantage affectées par la pandémie, selon une étude menée par le Centre des opérations et du renseignement sanitaires de l’Université Catholique Pontificale de Rio de Janeiro. En outre, les données montrent qu’environ 55 % des personnes noires et métisses sont décédées, alors que ce chiffre oscille à 38 % chez les blancs et alors que les personnes sans éducation supérieure totalisent 71,3 %, celles avec une éducation supérieure atteignent 22,5 % du nombre total de décès..

Tandis que la crise affecte de manière plus meurtrière les groupes les plus défavorisés de la société brésilienne, ce sont les maires, les gouverneurs, les hommes d’affaires et le président qui prennent les décisions.

Malgré la misère, la faim, le manque d’emploi et les milliers de morts quotidiens qui ravagent le Brésil, une partie de la société civile cherche à s’organiser pour lutter contre la négligence des pouvoirs. C’est le cas de “Luto pela Vida” (Deuil pour la vie) (@lutopelavida_oficial) qui cherche à faire du deuil des décès un moment de réaffirmation de la lutte pour la vie en se souvenant de ceux qui étaient. À une époque où le profit vaut plus que la vie, il est important de construire des espaces qui favorisent la solidarité dans l’espoir de jours meilleurs.

Et quant au soleil et à la mer… Attendons dans nos maisons, car d’autres étés viendront.

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